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Moncton mantra (3e édition)

Gérald Leblanc

Date : Septembre 2012
Genre : Romans et récits
Collection : BCF
ISBN : 9782894232828

Réédité dans la Bibliothèque canadienne-française, Moncton mantra rend hommage à toute une génération de créateurs à l’époque de «la renaissance acadienne». Plusieurs des artisans littéraires mis en scène sont parmi les plus connus aujourd’hui. Gérald Leblanc y relate leurs démarches pour faire de Moncton une «capitale littéraire», pour supplanter l’image folklorique longtemps associée à leur culture. Un projet qui réussira malgré l’hostilité d’un milieu qui résiste à l’affirmation d’une nouvelle conscience urbaine et moderne dans l’imaginaire.

Dans Moncton mantra, Gérald Leblanc raconte la venue à l’écriture du personnage écrivain, son double, Alain Gautreau. Entre l’automne 1971 et la parution 10 ans plus tard de son premier livre, Alain Gautreau évolue parmi les personnages de la scène artistique et intellectuelle de Moncton, à l’époque même qui a vu naître la première maison d’édition acadienne et le Parti acadien. Son roman, qu’il commence l’année de son entrée à l’Université de Moncton, devient «une sorte de mantra, une présence constante, un compagnon de route» au fil de ses lectures, ses rencontres, ses expériences avec les drogues, ses entretiens sur la littérature.

Ce roman de la route, comme le qualifie le préfacier Herménégilde Chiasson, rappelle celui de Jack Kerouac, On the Road, «l’un des textes-phares de la littérature américaine». Il trace un parcours tant personnel que collectif de 26 ans qui coïncide avec celui de la littérature acadienne.

Dans les médias

«Moncton mantra» est un exercice de mémoire, une manière de rendre à la littérature ce qu’elle a donné au poète et romancier : une raison de vivre. Manière qui n’est pas celle des historiens et des sociologues. Point de science, que des émotions. Cela donne un témoignage qui rend assez bien l’esprit de l’époque, tout orienté vers la conquête d’une liberté de dire et de faire qui se délite, chez le narrateur et plusieurs protagonistes, dans la dépendance à laquelle l’usage des drogues et de l’alcool mène parfois. Réginald Martel, « Le registre de la nostalgie » La Presse, 24 mai 1998, p. B3. Est-ce que «Moncton mantra» est à proprement parler un roman, une œuvre d’imagination qui présente et fait vivre dans un milieu acadien des personnages donnés comme réels, qui nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures ? N’est-ce pas plutôt la mise en pages d’un journal intime, ce qui expliquerait le rythme saccadé, discontinu de certains chapitres ? On reconnaît aisément certains personnages clefs : Robert Landry / Raymond Guy Leblanc, Alexandre Cormier / Herménégilde Chiasson, Françoise Dupuis / France Daigle, etc. Mais ce qui suscite l’intérêt de «Moncton mantra» n’est pas tant la fidélité historique - du moins il nous semble - que l’image très subjective que l’auteur donne des événements. Dans ce cas, la problématique ne porte pas sur le degré de référentialité, de « réalité historique » de «Moncton mantra», mais bien sur le sens historico-didactique explicite ou implicite de cette oeuvre basée sur des événements et des personnages connus. Comment l’auteur présente-t-il ces années de braise que furent les années soixante-dix à Moncton pour la jeunesse acadienne ? Robert Viau, « Moncton mantra ou le portrait d’une génération », Port Acadie, no 4, printemps 2003, p. 13-14. «Moncton mantra» de Gérald Leblanc se veut le roman d’une Acadie moderne et ouverte sur le monde, par opposition à l’Acadie rurale traditionnelle et à ses mythes d’homogé¬néité. « L’épine dorsale me rétrécit », affirme son narrateur, « quand j’entends un freak folklorique déclarer concernant la guitare électrique : «C’est pas acadien». Je ne peux que répondre : «J’m’en god-dam ben» (1997 : 104) « Je veux des histoires de ville », ajoute-t-il, « des contradictions et des exaltations urbaines, la vie d’aujourd’hui quoi, comme moteur de création » (1997 : 104). Dans cette perspective, le français de Leblanc doit inclure le chiac, qui devient le symbole de l’urbanisation acadienne. Catherine Leclerc, « Ville hybride ou ville divisée : à propos du chiac et d’une ambivalence productive », Francophonies d’Amérique, no 22, 2006, p. 154. [À] l’image de son titre, «Moncton mantra» se veut un roman de l’urbanité et de la modernité. Leblanc y relate les démarches entreprises par les artistes de la renaissance acadienne pour supplanter l’image folklorique long¬temps associée à leur culture. L’action de faire accéder Moncton à la littérature, la critique l’a abondamment souligné, joue un rôle dans le développement d’un ima¬ginaire acadien urbain et moderne. En utilisant comme couverture du livre un plan de Moncton, les Éditions Perce-Neige ont rendu hommage à cette importance accordée à la ville. Une autre stratégie employée par Leblanc pour transmettre l’idée de modernité est de souligner l’immédiateté des événements qu’il relate en les narrant principalement au temps présent. Ce faisant, l’auteur contribue à la déconstruction d’une perception de la culture acadienne axée sur ses racines. Catherine Leclerc, « Langues et traduction en équilibre : de Moncton mantra à Moncton mantra », Revue de l’Université de Moncton, vol. 38, no 1, 2007, p. 126. La quête d’identité chez Gérald Leblanc ne se laisse jamais tenter par le retour en arrière : on ne fabrique pas du nouveau avec de l’ancien et ce qui a déjà servi ne peut pas resservir. Dans cette optique, «Moncton mantra», comme d’ailleurs l’ensemble de l’oeuvre de Gérald Leblanc, témoigne d’une volonté d’écrire sur la ville pour se tourner vers l’urbanité, cette maîtresse de la modernité. Le folklore et la perception traditionnelle de l’Acadie ne suffisent donc plus pour définir une identité acadienne qui porte en elle les lignes de la modernité. L’Acadie d’aujourd’hui ne peut pas se replier sur le passé ; elle doit au contraire acadianiser tous les élé¬ments du monde moderne pour exister de plein droit. La domestication de Moncton entre dans cette stratégie identitaire axée sur le changement et la nouveauté. Raoul Boudreau et Mylène White, « Gérald Leblanc : écrivain cartographe », dans Marie-Linda Lord et Denis Bourque (dir.), Paysages imaginaires d’Acadie. Un atlas littéraire, Moncton, Chaire de recherche en études acadiennes, Université de Moncton, 2009, p. 40-57. Cette froideur d’écriture donne à la lecture une étrange qualité. Les noms défilent et on a de la difficulté à les mémoriser, à les distinguer les uns des autres, tellement les personnages sont à peine esquissés. Mais l’objectif était peut-être de créer cette atmosphère brumeuse dans laquelle les choses et les êtres ne sont pas nécessairement très distincts les uns des autres. La drogue contribue à aplanir les écarts et tout devient ouateux : ce monde était bien aérien à cette époque. David Lonergan, « Entre la pudeur et la parole », L’Acadie nouvelle, 10 mars 1998, p. 21. Il n’en fait aucun doute, de par son oeuvre, Gérald Leblanc a contribué à la création de quelque chose de plus grand que lui, un territoire imaginé, mais dont les racines trempent dans l’eau bien réelle de la rivière Petitcodiac, qui baigne la ville de Moncton. Une ville à visiter avec pour seule carte, les livres qu’il laisse et les traces qu’il aura laissées dans les écrits d’autres auteurs. Jonathan Roy, Pélagie, publié le 26/06/2013 dans le libraire

Auteur

Gérald Leblanc

Gérald Leblanc est originaire de Bouctouche, en Acadie. Poète prolifique, il a publié onze recueils, dont Géographie de la nuit rouge (1984), L’extrême frontière (1988), Complaintes du continent (1993, prix Estuaire des Terrasses Saint-Sulpice), Éloge du chiac (1995) et Le plus clair du temps (2001).

Animateur littéraire hors pair, il a dirigé les Éditions Perce-Neige de Moncton à compter de 1991 jusqu’à son décès. Au cours de cette période, il a organisé de nombreuses soirées et rencontres littéraires. Il a codirigé la première anthologie de la poésie acadienne. Il a également été l’un des principaux paroliers du groupe 1755, qui a fait fureur dans les années 70. On lui doit quelques classiques de la chanson acadienne, donc certains repris par Marie-Jo Thériault.

En 1993, Gérald Leblanc remportait le prix Pascal-Poirier du gouverneur du Nouveau-Brunswick en 1993 pour l’ensemble de son œuvre.

Il est décédé en 2005.

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