Vient de paraître : Moncton mantra dans la BCF

GÉRALD LEBLANC

Moncton mantra

De plus en plus, je décèle un courant qui nous ramène vers cette glorification du passé. Je veux bien connaitre notre passé ; je trouve néanmoins ce retour en arrière inquiétant. Comme si nous pouvions nous défaire de la vie moderne pour reprendre la vie des bois, comme le proclament certains. Comme si chaque soirée, il devenait obligatoire de sortir le violon, de jouer des cuillères et de chanter des chansons à répondre. L’épine dorsale me rétrécit quand j’entends un freak folklorique déclarer concernant la guitare électrique : « C’est pas acadien. » Je ne peux que répondre : « Je m’en goddam ben. »

Réédité dans la Bibliothèque canadienne-française, Moncton mantra rend hommage à toute une génération de créateurs à l’époque de « la renaissance acadienne », époque qui a vu naître une première maison d’édition ainsi que le Parti acadien. Plusieurs des artisans littéraires mis en scène sont parmi les plus connus aujourd’hui.

À travers le personnage Alain Gautreau, son double, Gérald Leblanc raconte, en simultané, sa venue à l’écriture et la venue au monde d’une littérature urbaine et moderne en Acadie. Entre l’automne 1971 et la parution 10 ans plus tard de son premier livre, Alain Gautreau évolue parmi les personnages de la scène artistique et intellectuelle de Moncton. Il relate leurs démarches pour faire de Moncton une « capitale littéraire », pour supplanter l’image folklorique longtemps associée à leur culture.

Son roman, qu’il commence l’année de son entrée à l’Université de Moncton, devient « une sorte de mantra, une présence constante, un compagnon de route » au fil de ses lectures, ses rencontres, ses expériences sur les drogues et ses entretiens sur la littérature. Alors que le jeune écrivain s’acharne à dire et écrire sa ville en français, son livre témoigne aussi de l’hostilité d’un milieu qui résiste à l’affirmation d’une nouvelle conscience dans l’imaginaire.

Ce roman de la route, comme le qualifie le préfacier Herménégilde Chiasson, rappelle celui de Jack Kerouac, On the Road, « l’un des textes-phares de la littérature américaine ». Le parcours qu’il trace – tant personnel que collectif de 26 ans – coïncide avec celui de la littérature acadienne.

Gérald Leblanc (1945-2005) est originaire de Bouctouche, en Acadie. Poète prolifique, il a publié onze recueils, dont Géographie de la nuit rouge (1984), L’extrême frontière (1988), Complaintes du continent (1993, prix Estuaire des Terrasses Saint-Sulpice), Éloge du chiac (1995) et Le plus clair du temps (2001). Animateur littéraire hors pair, il a dirigé les Éditions Perce-Neige de Moncton à compter de 1991 jusqu’à son décès; au cours de cette période, il a organisé de nombreuses soirées et rencontres littéraires. Il a codirigé la première anthologie de la poésie acadienne. Il a également été l’un des principaux paroliers du groupe 1755, qui a fait fureur dans les années 70. On lui doit quelques classiques de la chanson acadienne, dont certains repris par Marie-Jo Thério.

Roman • collection BCF •169 pages
Papier • ISBN 978-2-89423-282-8 • 13,95 $
PDF • ISBN 978-2-89423-473-0 • 9,99 $
ePub • ISBN 978-2-89423-532-4 • 9,99 $
PHOTO © ANTONIO D’ALFONSO

Ce livre est disponible en formats papier et électronique.

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